Autour du cimetière marin (extrait)

 

 

Je regarde la mer,

 

l’écume,

 

les voiles,

 

comme des oiseaux qui bougent.

 

 

 

Je suis dans un cimetière couvert d’arbres qui remuent dans le vent,

 

je vois la mer en bas à travers leurs mouvements,

 

je regarde la mer elle-même,

 

tissée dans ce lieu en suspend,

 

je la regarde en son entier.

 

 

 

Il est midi,

 

le soleil est au plus haut,

 

il brille,

 

la mer brille aussi sous ses rayons

 

et comme des flammes de feu grégeois la parsèment.

 

 

 

Sur la mer,

 

l’éclat solaire

 

 fait de mille éclats tissés

 

avec ceux

 

de l’écume dispersée,

 

brille.

 

 

 

Il m’est agréable de regarder cette étendue

 

comme un pays divin,

 

un cadeau que j’obtiens,

 

après un long temps de réflexion.

 

 

 

J’ai l’impression que la quiétude que je ressens ici,

 

à regarder cela,

 

est en train de se construire,

 

qu’elle est un objet que l’on façonne,

 

que l’on peut tourner dans sa main pour le comprendre.

 

 

 

L’eau est profonde,

 

mais à sa surface le soleil repose.

 

 

 

Encore une fois mes pensées

 

ont l’air de devenir des choses sorties

 

de quelque manufacture.

 

 

 

Le soleil brille,

 

lorsque je sais que je suis mortelle,

 

et que ce que je rêve m’apparaît réel,

 

ou en tous cas

 

comme ce à quoi je crois.

 

 

 

Je regarde la mer,

 

son étalement,

 

sa surface solide :

 

terrasse,

 

architecture basique

 

qui donne à penser,

 

qui fait que la pensée devient

 

comme un espace

 

que l’on peut visiter,

 

un lieu si simple,

 

qu’il en est sanctifié.

 

 

 

La mer est ma pensée,

 

en la voyant de haut

 

je la traverse,

 

comme on traverse une chambre,

 

et elle est immense et sereine,

 

sans prétention,

 

sans affectation

 

ou exubérance.

 

 

 

Je vois la mer

 

précisément tissée des mille éclats

 

de la vague et de l’écume,

 

de leurs assemblements mille fois recommencés,

 

comme des paillettes d’or flottant dans un œil d’azur.

 

 

 

Je vois la mer,

 

et  je la regarde qui me scrute

 

de ses yeux fermés

 

pendant que le soleil,

 

à son comble,

 

brûle

 

sur ses paupières en feu.

 

 

 

Et pas un bruit ne sort,

 

ni du lieu,

 

ni de sa descendance,

 

ni de moi,

 

sauf le bruit même de l’eau frappée

 

qui arrive là.