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Choses que j’ai vues ce soir

 Les palmiers, la nuit, le ciel aussi noir que la mer, mais elle brillante mouvante ombrée, l’odeur du figuier et la chaleur du sol, les marins aux corps rouges qui boivent la bière au port.

 

 Choses que je n’ai pas vues ce matin

 L’île d’en face éclipsée par le soleil si haut.

 

 Choses vues de loin dans la nuit

 Les lumières du bateau, crêtes blanches sur une falaise métallique et vibrante, la première vague venant d’un cœur sombre, hautain : “ Ivre d’un rêve héroïque et brutal ”

 

 Choses entendues au réveil

 La levée des rideaux du marchand de légumes, le choc des cageots posés à l’étalage, le souffle des camions, la voix d’un homme qui en appelle un autre, le cri des enfants, le claquement des volets qu’on incline – lumière haute au matin soit chaleur tout le jour -, le battement du moteur des ferries, les pleurs de leurs cheminées cracheuses de fumées noires, le bleu de la mer pris entre deux lignes d’un blanc comme montant, le bruissement des palmiers que parfois l’air émeut.

 

 Choses du ciel et de la terre 1

 Ici : l’éternel combat, le perpétuel débat, la joute orale du ciel et de la terre, avec, pour médiatrice, la tiédeur d’une mer calme ; je vois les nuages descendre sur la montagne, la manger, l’enfouir, la dévoiler, la prendre comme on prend les places fortes…

 

 Choses du ciel et de la terre 2

 Parfois un nuage plus sombre se met au bord d’une crête et doucement dégouline sa noire fumée de bois cuit, sa sombre bave de cendres et de pierres, et vient la nuit, comme si elle était née de ce flot là, tombée de la montagne pour rejoindre les eaux du port et plus loin le grand large.

 

 Choses du ciel et de la terre 3

 D’autres fois, juste une ou deux blancheurs duveteuses affleurent sur le massif, morceaux de ciel égarés, et l’on croit ou peut croire alors encore alors que l’on peut ou pourrait attraper la nue.

 

 Choses sur la montagne

Je la vois, partout je cherche à y monter, mais c’est une chose qui échappe ; la ville est à ses pieds, s’y heurte, y grimpe ; les routes s’y cassent, faufilent, arrêtent ; et vous, vous montez, vous vous agrippez sans jamais avoir le sentiment plein d’y être, de la toucher, tant lorsque vous y êtes elle vous semble encore à prendre : il y a encore ce degré qui serait à gravir, encore cette couche verte et presque plane que vous voudriez fouler, encore ces arbres là-bas qui paraissent tout près et qu’on ne peut atteindre.

 

 Choses de la mer surplombée

Il y a la couleur de la mer au-dessus du sable et celle au-dessus des rochers puis celle au-dessus des rochers couverts d’algues ou celle au-dessus de ceux faits de pierres rousses, il y a sa couleur au-dessus des morceaux de l’antique port alors enfouis et celle qui court dans le sillage des voiliers sortant de la ville, il y a celle encore sous l’ombre portée des nuages – des blancs des gris – qui chacun – ou des mauves – donne alors encore aussi alors une tonalité nouvelle, il y a celle celle-là encore aussi encore alors lisse ou celle-ci battant contre les môles ou celle-là-ci dans le flot du petit moteur des canots, et il y a celle de la mer-là à l’horizon et celle encore alors aussi encore de l’eau de la mer à la barre juste avant l’horizon, celle transparente et celle opaque, celle dans les flots déversés de la ville, etc.

 

 Choses qui rendent calme

 Sur l’esplanade au mur intérieur jaune tout au bout et en haut de la citadelle, la mer devant moi et à perte de vue : couleurs, mouvements, bruits, le tout en perpétuel changement ; l’appel du désert est là, l’attraction et la révulsion de l’extrême solitude, dans les chemins dessinés sur les eaux, sentes fictives effleurées des courants, voix, polyphonie de l’air et des hommes, embruns de sons et voix pures, sauvages ; le grand voilier a disparu, reste la marque de la barque simple des pêcheurs surplombée du miaulement des mouettes ; le vent se lève, les nuages gagnent sur une mer dont le bleu – si tant est que ce mot veuille encore dire ici quelque chose ou signifie – vire.

 

 Choses qui rendent tristes

 Savoir qu’il faut laisser les claires visions et aller vers le monde, re-venir.

 

 Choses qui passionnent

 Courir la ville par tous ses monts pour trouver des chemins menant à la nature libre et ouverte, aux “ alpages ”, à la senteur franche des herbes et des fleurs, puis tout à coup sentir qu’on tient un fil, que cette fois-ci est la bonne, s’y attacher, grimper et suer encore pour déboucher sur une laisse de terre battue ou dans le cirque d’une carrière abandonnée à flanc de montagne et sous le ciel où les faucons s’amusent.

 

 Choses à dire

La mer le soir réellement blanche.

 

 Choses lues à la Capitainerie 1

 Vent calme ou variable faible s’orientant au secteur ouest et fraîchissant temporairement en début d’après-midi 5 à 10 nœuds soirée et nuit ciel étoilé visibilité de 10 à 20 km tempo moyenne en fin de nuit sous bas nuages.

 

 Choses de la ville devenue champ de bataille

 A la faveur de la nuit ou du soir avancé la sirène d’un bateau qui sonne trop longtemps donne l’appel : la ville est dehors, le port est plein de monde et le monde plein de tensions, fumées piquantes des gaz lacrymogènes, nuages piquants des gaz lacrymogènes, enfants et anciens en cagoule, barricades posées sur la voie rapide, camion jeté à l’eau, contener mis à feu, pompiers arrosés… si le monde est violent il reste néanmoins certainement une issue, sans doute la plus sombre mais non pas la moins efficace, celle du désespoir… les eaux sont noires, le ciel empli de brumes, la foule court et crie.  

 

Choses sur les hommes et les animaux

 Ils savent ici chasser les forces dites de l’ordre et mêmes armées les repousser, à coups de voix de tête et de mouvements brusques ; comme un animal unique qui, acculé, sait faire le plus peur… et si rien ne sauvait de la cruauté hormis la sauvagerie simple et fière c’est à dire le naturel perdu et parfois comme ici retrouvé.

 

 Choses qui se correspondent

 L’usure des murs égale aux formes des rochers, la montagne âpre et haute égale à l’âme des hommes, la mer partout et tout autour comme l’hostilité.

 

 Choses qui arrivent

 Petit à petit je m’approprie l’endroit, je le vois, je l’entends, je le respire, il entre en moi, je le marche, le parcourt, l’accepte, l’occupe ; petit à petit cet endroit devient moi aussi bien que je me forme à lui ; ses bruits m’endorment ou m’éveillent, ses parfums me font rêver, ses couleurs, etc.

 

 Choses impressionnantes

Des enfants aux visages cachés qui avec seules pierres pour armes arraisonnent un régiment : leur fuite légère, la souplesse de leur couse pendant l’échaufouré, leurs allées venues venues allées, la fluidité de leur groupe et cette image qui me vient : boule de mercure se séparant en billes pour se reconstituer un peu plus loin, là où on ne l’attendait pas, là où le coup était injouable… puis à la fin la fatigue comme une mère les maîtrise… limite des muscles et des membres.

 

 Choses entre aperçues

 Le calme de la montagne au milieu de la colère des hommes.  

 

Choses qui tremblent

 Les mouvements lumineux et frêles de la bougie, leur intermittence égale aux fluctuations des éclairs de l’orage sur la mer.

 

Choses qui ne sont pas certaines

Ils disent ici on dit ici que ce sont les enfants des villages de montagne qui descendent sur la ville pour en découdre avec les forces… si je sais lancer une pierre je sais changer le monde…

 

Choses d’ici

Une terre bâtie sur des vignes des châtaignes et des chants, et protégée par les lumières attirantes et intéressées des pirates : tout ce qui vient de la mer appartient à celui qui le trouve, et la terre est pareille.

 

Choses que je vois de ma fenêtre maintenant

Le ciel couvert : bouffées en lignes et en strates, couleurs du gris ardoise au bleu très pale, clignotement de la croix – vert et cyan – de la pharmacie, cinq palmiers, la statue du héros, les platanes en fin d’été et un début d’orage au large sur la mer.

 

Choses volées

Passer la journée à presser des images : promenade sur la route à deux voies, corniche longeant les flots d'un côté et l'escarpement des buissons et des pierres de l'autre... des criques de rochers verts pour l'asile et la pause.

 

Choses envolées

Les feux d'automne dans la campagne, leurs fumées sur le vert des monts, le ciel qui les rejoint.

 

Choses fragiles

Il ne reste plus ici qu'à s'occuper des enfants et des vieux; écouter les voix frêles qui racontent l'histoire du chien qui saute le petit mur de pierre, l'histoire du gardien de phare à la retraite et de sa femme morte et de ses filles qui n'aiment pas la ville et ne viennent pas, l'histoire de la vieille à la jambe molle et de son mari mort et de ses fils qui n'aiment pas l'île et ne viennent pas; manger des douceurs aux goûts inconnues et des biscuits anciens; boire des cafés sur des buffets fleuris, etc.

 

Choses dans la nuit

La lune jouant avec les profondeurs du noir, et sur la mer alors grosse et sombre, ses cercles de lumière en projection : feux magiques, machines éclairantes, poissons fabuleux.

 

Choses vues sur la montagne

Dans la carrière, sur un tas de pierres concassées, arrivée du ciel sur la terre, encore une fois, et encore une fois son apogée : large coulée de fumée grise, pale et parfois blanche; volutes lentement déroulées... choses qu'on pourrait toucher, caverne douce et inquiétante... et pas un brin de vent et pas un son... le monde sera bientôt masqué : plus ni faim ni soif mais une plénitude prête à tout lâcher... puis d'un virement de tête la mer est toute rendue et sauve, la mer marine et l'azur azuré.

 

Choses qui reviennent

Les courses adolescentes - en boom-rang - dans la campagne au bord du Loing, perchée sur le talus tout en haut du calvaire.

 

Choses sans milieu

Il n'y a pas d'alternative - là - que celle du sucré (voire "précieux") à la plus grande sècheresse : abstraction consentie de toute neutralité.

 

Choses saisies dans la halte

A la citadelle le long d'un autre muret pris par l'ombre : panorama de la ville haute survolée des vautours et des mouettes, la mer qui - sans être visible - bât en aval, son bruit mêlé à celui de la voie rapide en pleine circulation qui s'exaspère et calme, les monts vierges étalés dans le champ d'une fine brume de chaleur, quelques humains - domestiqués et lents - qui traversent la vue.

 

Choses qui sont survenues

Il y eut un accident dans l'île et sur la ville sirènes en nombre, gens muets et attentifs; il n'y eut plus ni courant ni lumière ; et le voyage choisi tout autant que forcé amenait à l'essentiel... un seul être vous manque et... les colombes viennent vous visiter.

Choses sur les oiseaux 1

Ce midi exactement : les mouettes sur la ville piquetée de perles mates partout les toits ; puis en soirée deux passages de migrateurs bien au-dessus de l'île : l'un en cerf-volant compact, rapide et souple sur les monts d'un vert court; l'autre en nuage de petits corps chauds avançant par à-coups vers la blanche Alger mythique et les pays de colonies.

 

Choses qui n’existent pas

Un nuage végétal et en aval une forêt d'ouate et d'air... j'ai rêvé ... il est certain que j'ai rêvé.

 

Choses sur le monde inversé

C'est fait, les noces sont consommées et la terre est perdue, il n'y a plus pour lors que le ciel enfin descendu et la mer partout... bruits de machines et de tambours... l'eau sort du sol... fumées d'embruns vaporisées des vagues, elles cassées heurtées mortes... l'eau sort des murs et de tout ce qui un jour a pu paraître solide et sûr... l'air s'en emplit... brumes célestes et trombes marines s'unissent en noirs vaisseaux et fumerolles... l'île est rappelée et coule.

 

Choses sur les oiseaux 2

Des trains multiples de migrateurs passent eu-dessus de nous et toujours pas un bruit.

 

Choses qui volent

Les feux d’herbes font des colonnes bleues qui, sur la montagne, avancent.

Choses sur le monde inversé (nouvel essai)

La force des vagues cassées sur le béton de la digue se mêle à l’air et se transforme en buée que forcément nous respirons… mer et mer partout… le ciel en mange.

 

Chose incroyable

Un nuage de papillons.

 

Chose comique

Les poissons, dans le sillage du bateau, sautent par centaines hors de l’eau et replongent devant le pêcheur incompris.

 

Choses pendant l’apéritif

Boire de la bière sur la place où les garçons rauques se saluent… il y a la maison jaune de salpêtre arraché, la terrasse et les hommes, les écrans et les sons, les cris de joie et le fumet des viandes qui montent aux narines des dieux ; puis vient la mi-temps du jeu pour lequel tous ces adorateurs sont assemblés, et se lèvent alors la musique et les voix violentes qui parlent de liberté… ainsi lorsque passe la voiture au gyrophare – blanche sur ces cœurs noirs – elle est bien celle d’étranges colons que la foule pourrait manger.

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