J’habite une forêt, à l’orée d’une forêt. Elle respire. J’habite une forêt jouxtant un fleuve large et brumeux. Valves croisées des arbres et des eaux. Haleine blanche le matin, souffle givré et pressant du soir.

 

 

 

 

 

Le coeur des hommes est plein d'humeur. Celui de la forêt terreux et effrayant. Mille bêtes viennent y manger.

 

 

 

 

 

 

Je vais passer l'hiver ici, parmi les branches et peu d'amis, à faire des feux qui chauffent et ne brulent pas, à scruter le ciel qui descend jour à jour jusqu'à nos pieds et sous nos pas.

 

 

 

 

 

Je ne maitrise pas, je me coule, on me porte. Je passe par des biais magiques, des fourches codines. Je m'abaisse aux regards des oiseaux, ces deux-là qui – patiemment, longuement, éternellement – surveillent, changeant un pied puis l'autre, les entrées végétales de la nuit. Je ne maitrise pas, je me comprends à ce qui fuit.

 

 

 

 

 

 

 

Je trouverais un jour ce qu'il faut pour écrire le poème. Certainement deux yeux.

 

 

 

 

 

 

 

Le cahier n'est plus un refuge mais un trou pareil au trou où les hommes ingénieux quoiqu'encore très méchants ont inventé le feu, ou l'on trouvé, c'est à voir. Il n'est pas plus un réconfort. Peut-être alors la part d'une inquiétude. Quelque chose qui taraude et poursuit. Quelque chose qui peine et qui meurtrit. Est-ce que je vis ou bien simplement tiens ?

 

 

 

 

 

 

 

Je voudrais être la main qui vous laisse dire « Je suis si fatigué(e) ». La voix qui repose. Ne plus laisser mes yeux crever. Masses rousses et vertes à l'horizon feutré. Envolées et charriots de plumes. Des centaines d'oiseaux se partagent mon temps.

 

 

 

 

 

 

 

Tristesse sans lassitude mais patience. Le poème peut-être.

 

 

 

 

 

Ce moment me scie, comment dès lors faire un tableau clément de ce point d'agonie?

 

Ce serait si simple d'être là à regarder, à vous parler, vous tendre un miroir dans lequel vous ne trouveriez pas votre visage mais celui d'un arbre à l'image d'une image de Magritte.

 

 

 

 

 

 

 

Je concède que je vois céans, et très précisément, une partie du ciel tomber, un pan doucement fondre sous les trilles et les gazouillis. J'accorde ici que je vis sur la bouche d'un paradis.