1

La source d’ombre bruissante et fraîche je la sens dans un confort sans nom j’habite une chambre où la lune occulte une partie de la nuit j’arpente une pièce l’ombre encore qui coule je pense au jeune homme qui racontait hier comment la masse des nuages avait passé son toit laissant un ciel une encre limpide le noir est perméable l’ombre je la sens elle diffuse une flamme et tout est doux plein glissant un parfum une fontaine qui bruisse un vent limpide doux je marche dans un confort sans nom une musique à peine audible je l’arpente elle tend tout j’entends la lune je sens l’ombre son bruit de pas glissant il n’arrivait pas à dire le ciel autrement que beau et clair revenant sur les mots pour dire encore les mêmes la masse les nuages et ce noir cette lumière profonde l’ombre acquiesce sa bouche occulte un bruit l’endroit est si étroit que tout y entre même la lune le vent à moitié rongé d’encre le son bruissant il ne fait beau que lorsqu’on dort et c’est la nuit voilà ce qu’il disait d’une bouche qui de son propre aveu ne lit qu’avec difficulté voyant le ciel cette claire beauté par des yeux que les mots endorment la tristesse comme la douceur je l’arpente elle est fraîche et parfumée elle passe le sommeil lui obscurcit tout ce qu’il touche je sens le plafond les murs les mots qui sont le ciment de l’insomnie l’ombre tient tout c’est une voix un toit je ne répète que ce que j’entends j’ai entendu un oui un son bruissant traversé d’arbres de branches de feuilles et de nuages mêlés c’était comme une eau entraînant la masse et puis plus rien que cette clarté sans étoile tout est doux je l’imagine encore debout sur le balcon à contempler scrupuleusement la masse la nasse sa trace ombrée je sens le vent c’est le ciment du monde sa source il disait qu’il ne pouvait plus dire à quel point c’était beau la chambre est fraîche et triste le toit tient toute la chaleur du jour c’est passé il n’y a pas de raison pour que cela finisse

 

2

entrons maintenant au cœur du mystère de la pluie et voyons

 

3

la chaleur accable la nuit elle pèse et ce n’est que dissocié des cercles du sommeil qu’on perçoit ses sources d’ombre fraîches bandes d’ondes qui traversent plus noires que lui la pesanteur du ciel en ville le geste d’un de vos doigts fait naître une lueur mais c’est la mer qui seul donne ces nuées cette masse cette nasse opaque lui ne savait plus que dire impuissant et c’était l’absence qu’il voulait exprimer le passage le vide après le coup de filet de l’obscurité hier encore j’avais le poids du monde sur les épaules c’est parti il flotte au-dessus de la ville c’est le silence un trou plein de sons cette eau qui coule ce grognement incessant de moteur veine en vie le sang siffle et grouille il afflue il jaillit et son jaillissement est constant le garçon restait arrêté sur la phrase la regardant couler sentant encore au fond de lui mais c’est l’extase ce flot silencieux ces nuages qui passent bouche bée il y a une attente une tension vers quelque chose de plus profond et de plus sombre une négritude et des abysses la volonté d’une pêche miraculeuse à perpétrer ça n’est pas fini certes il n’y aura que la fatigue pour vous faire arrêter il ne concluait pas ses yeux étaient toujours en cette nuit là-bas sur un balcon perché sous le dais clair lumineux présent l’ombre ne parle pas elle écoute elle n’entend rien elle attend c’est l’apparition hors des draps il fait moins lourd l’air est supportable au-dessus de ma tête le monde est si léger qu’il frissonne ça ne devrait pas s’arrêter à moins que je ne m’endorme et puis il ajoutait qu’il s’était relevé et que c’était comme si les nuages en bougeant l’avaient éveillé un bruit un froissement une bande d’air plus légère et plus lourde un frottement l’univers est peuplé et bruyant il y a trop de nuances en une seule nuit pour l’épuiser en une seule vie les étoiles n’ont pas bougé elles sont fixes je me demande s’il voyait la nuit nu ou s’il avait pris le temps de se couvrir bande blanche sur l’opacité du corps cru ça ne peut pas finir en une seule phase ça ne tient pas en un morceau il faudra y revenir

 

4

le sommeil ne m’a pas prise j’écris dans le noir cœur de la nuit la grande beauté des ténèbres non pas le mieux possible mais au plus juste dans l’étroitesse des milles et milles possibles c’est dans la tristesse et le confort le plus grand j’attends qu’on vienne je veux qu’on me surprenne ici j’attends qu’on vienne et dise mais c’est dans le noir que tu écris pour pouvoir répondre mais oui puisque j’écoute je ne répète que ce que j’entends c’est tout simple et c’est parce qu’il n’arrivait pas à la dire que la beauté qu’il décrivait me parvenait en son entier tout cela devra être dit dans la plus grande lenteur en respirant profondément et quand la lumière viendra je ne pourrais pas me relire tout sera perdu c’est ainsi ça ne doit pas rester

 

5

écoute écoute comme c’est plus dense et d’un noir plus profond plus pur et de la plus belle eau la nuit du radjah devant mes yeux qui peu à peu s’en accommodent y en a-t-il une plus belle quand tout tend à sa compréhension y en a-t-il une plus pleine aorte jaillit parmi la gorge creuse du noir venu sang brun épandu répandu noir comme le sang des veines de tête un accident y en a-t-il une plus dure moins ciselée l’ombre nie je l’étranglerais écoutes écoutes nous sommes tous dépassés je cherche je pourrais creuser jusqu’à la soif ce n’est pas encore assez serré il faut tendre

 

6

la nuit est blanche c’est dire que ne m’adonnant pas au sommeil je peux par accoutumance et travail en voir la grande clarté sa lumière on dira l’aura je suis en réunion en grand sommet avec l’attention et la présence des puits l’ombre c’est beaucoup plus prenant la prière face à la parole a la même force de conviction c’est beaucoup plus ferme tragique ce qu’il racontait lui était une véritable scène enjeu mystique où il y avait un mouvement et une question un cœur je ne parle plus je ne regarde plus le papier j’écris là fichée dans la nuit même et on ne pourra rien relire ça va se perdre signes prêts à s’effacer

 

7

c’est une stèle d’un marbre très marin profond érigée entre deux crépuscules les étoiles en noms de mortels perdus y graphitent positions tremblantes luminescentes dans le sombre l’ombre l’opaque obscurité les vivants viennent les lire et certains prient je voulais faire une liste abstraite une formule de la N.U.I.T. voilà que c’est une colonne d’honneur qui tombe requiem in pace R.I.P.

 

8

je me pose dans la nuit en son retrait qui est un endroit sombre une pièce un coin l’idée d’un enfermement intérieur concentré je me pose en cet ombrage à l’abri à l’abri tissé de mille ombres attachées noires sur noir de mille feuilles tressées on dit aussi que c’est un feuillage la chambre est isolée et ouverte îlot lumineux corail dans l’océan lui voulait exprimer l’attachement des nuages les uns aux autres en une seule nue nuée qu’on pense généralement plurielle et le mouvement de cette énorme masse se délogeant d’un bloc en un seul coup sombre laissant place à la nuit éclatante le ciel était si beau si limpide une eau qui coule un grondement une soif animale qui annonçait au lendemain une belle journée il y a plus d’ombre le jour que de lumière la nuit l’univers est foncé noir le jour est improbable miracle répété à chaque fois qu’une étoile touche un astre habité il faut des yeux pour voir le jeune-homme lançait ses mains au devant de lui lentement dessinant la geste de la nasse nuageuse poissonneuse et encore ombrée grise opaque son mouvement de bloc déboîtant dans le noir qui était une lumière l’ombrage naît des arbres de l’entrelacs de mille feuilles en feuillage c’est un acte végétal la nuit vient de pousser je m’y pose oiseau rapace désespérant de trouver sa nocturne proie un langage à sa convenance et juste qui dîne ici il avait les bras écartés loin du corps au plus loin du torse et dans ce moment qui n’était rien qu’un geste il ne parlait plus les yeux fixés très haut revenus sur leur vision passée nuit sans objet ombrage qu’aucun arbre n’aurait à porter miracle entrée éclairée du royaume ténébreux des ombres les sombres âmes alors il y a les toits le faîte des arbres leur cime lui disait habiter une maison si haute que du balcon plus rien n’interférait entre ses yeux et le ciel de la ville si bien qu’il était plongé en la nuit corps plein jeté dans le vide éclairé par les astres la masse au loin qui déjà fuit échappe presque improbable l’ombre est le double factice le faux-semblant il voyait la masse en couvercle levé un dais comme au théâtre antique après l’averse la nuit en acte c’est la chambre une pièce une stèle entre deux crépuscules les voix des morts y graphitent cire gravée profonds sillons on calcule approximativement la durée des tragédies classiques à l’approximative durée des lustres et au temps qu’ils occultaient alors à la nuit au sombre il faut les jouer dans le noir à la bougie et vite la nuit retombe la voix des morts se tait noyée puits sans haine à l’initiale tant arrondie qu’allongée

 

9

je perçois des bandes d’ondes la nuit est pleine de sons le sombre est plein de sons il commence par eux il a plut tout à l’heure une ondée chuintement des eaux en résorption grognement animal de l’avion et plus loin la circulation incessante fait un bruit d’arbres une forêt secouée par les vents violents ou bien c’est dans un stade les O courant de bouche en bouche et en un seul frisson la scène ne parvient pas en son entier mais par petits paquets en retombées il avait plut dans les temps antérieurs et c’est pourquoi le dégagement céleste était pour lui aussi prégnant imprégnant il faisait beau enfin et c’était la nuit comment y résister cliquetis des vasques métalliques en stagnation il disait qu’il avait presque envie d’aller se balader et de fait on l’imaginait bien mettre alors son blouson et sortir avec une chanson sur les lèvres comme d’un trop heureux pour résorber sa joie la nuit comme la pluie tombe accident céleste le ciel est un seau qui reflète un nuage une bassine au fond du jardin la ville est pleine de sons odeurs d’herbe terre humide il ne fait pas noir la lumière n’est pas absente mais tout est ombré a été ombré par la pluie la nuit un seau dans lequel on ne voit pas son image mais un ciel plus loin la scie des roues écrase l’antédiluvienne route les arbres dégouttent la scène est un préfixe qui revient obsédant dans une langue nouvelle il en bégayait presque trébuchant sur la phrase pour mieux dire les nuages les masses leur perpétuelle transformation et leur façon d’être en étages il est si rare d’en percevoir les chevauchements ou alors par transparence oui c'est ça par transparence l’averse nous les donne à toucher les eaux d’en haut retombées ici-bas sont en attente de mutation ainsi il ajoutait qu’au matin tout était à nouveau couvert et qu’il y avait la pluie

 

10

c’est cachée à l’ombre embusquée dans le sombre planquée en ses écailles lumineuses et fraîches d’animal de bête abyssale que je la saisis presque accroupie en ses os comptant son pouls marin son pouls de poulpe endormi sur la grève la nuit a à faire avec l’eau et particulièrement avec l’océan notion d’infini notion de ce qui n’est pas mesurable celui qui sombre peut bien couler à tout prendre la lune règne sur son cœur c’est une marée chaque mot ici est un ex-voto à lui-même et voué au prochain qu’on a pu ni prévenir ni arrêter mouvement inéluctable perdu corps et biens les pages certes sont l’écume de la nuit il ne faut pas s’effrayer des lieux communs puisqu’ils sont à proprement parler des espaces de communion salles offertes ouvertes aux déshérités que nous sommes nous cherchons la nouvelle façon sachant qu’elle est aussi ici tapie en ces profondeurs sombres quasi marines gouffres célestes à l’image des montagnes inversées pourfendant ce qui s’est englouti océano nox la racine levant du fond des mondes vers un ciel improbable et blanc en la nuit couverte c’est bien ce qu’il disait au fond d’une bouche qui de son propre aveu ne lit que très difficilement avec efforts et endormissements soudains que les nuages de nuit sont une lumière opaque cachant le noir du ciel alors que ceux du jour participent de l’ombre du sombre la masse était passée la nasse et la nuit pouvait enfin libre jouir de tout l’espace laissé d’un noir si lumineux si profond qu’il portait en lui-même la promesse fallacieuse d’un jour à venir de grand beau temps l’ombre est un faux-semblant double erroné de l’être elle le suit la scansion des veines de la ville pleine de circulation et d’un sang incessant gronde au loin comme une marée large amplitude la mer est un travail combien de marins combien de capitaines les pages sont à jeter c’est l’écume la mousse inutile venue aux bords des lèvres et sitôt avalée ravalée c’est à dire nettoyée O voici les grandes eaux attenantes des grands cieux un vrai mystère

 

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écoute écoute prête attention c’est une musique une voix s’élève celle du plus jeune d’entre tous elle demande en quoi cette nuit diffère des autres nuits la lune est pleine blanche tachée d’aspérités cercle azyme éclairant la table du sombre esprit et s’il y a stèle c’est celle seule de la page qui s’écrit il suffit alors qu’une des lettres se mette en boucle pour entendre crier en quoi cette nuit diffère-t-elle de toute autre et la réponse est un texte sacré l’ombre profère comme l’astre son visage était éclairé par réflexion non pas alors de la lumière solaire on dirait franche directe mais de celle qui lui avait été tendue en ce ciel de nuit subitement dégagé enflé d’ombre de sombre la lune les nuages courent sur elle en moutons satellites vaguement crèmes et ocres une écume tous semblables et pourtant si divers multiples en quoi cette nuit comme les vagues sur les ondes très salées diffère-t-elle des autres c’était peut-être comme à la fin d’une route trop longue lorsqu’on entrevoit au détour d’un virage et parce que les collines se sont accidentellement écroulées l’océan attendu il en parlait comme d’une intimité un savoir vouloir savoir avoir voulu savoir toujours avoir voulu savoir connaître la place de chaque étoile sans se donner la peine de l’étudier comme on fait des langues mortes ou inutiles paroles anciennes le jour prépare le texte de la nuit mais comment fait-on quand c’est la journée même qui a été écrite l’ombre prédit c’est dire qu’elle vient avant

 

12

j’appelle toutes les formes du sombre figures de l’ombre à s’incarner ici c’est marcher parmi les morts ce que je fais causons marchons écrire est bien porter sombre sur clair ou son inverse la nuit joue sur les mots je poserais si haut toutes les couleurs du noir qu’il faudra bien que tu le vois il suffit alors qu’une lettre la dernière de l’antépénultième paquet se déboucle et s’enchriste pour entendre parler il racontait la scène finement pesamment comme on décrit un rêve le donnant à un autre pour s’en défaire enfin vision du buisson image indicible parlant d’autre chose pour mieux y revenir parlant d’autre chose puis à nouveau de l’instant obsédant préfixe d’une langue nouvelle ou bien très ancienne et déjà perdue la nuit court sur la terre et partout elle y sème du sens calligraphie des ombres des nombres magie c’est l’exact contraire de l’enluminure que nous cherchons souvenez-vous il y aura tous les sujets ce soir la lune n’est pas à la même place qu’hier l’ombre porte un sens une direction points cardinaux des 71 fenêtres qui luisent devant moi une seule est éclairée rideaux opaques à fond sombre semé de lunules claires la lumière en arrière les rend luminescentes méduses montant vivantes à la surface du noir une autre affiche en un tapis une forme brune à figure d’idéogramme dont la logique est introuvable œil de profane comme d’un rêve qui lui revenait par morceaux paquets il en bégayait presque qui peut le déchiffrer au loin les roues tournent elles bruissent crachent du son qui est un feu dans l’ombre vie incessante apaisante ils se rassuraient avec des bruits quand du silence seul pouvait venir consolation tous les sujets arrivent un à un convoqués ils déclinent identité et invitation le convive non attendu qu’on amène avec soi chez l’ami hospitalier se nomme bien l’ombre il vous suit cette chose l’obsédait l’avait pris alors qu’il était entre le sommeil et l’éveil la révélation passe je me souviens enfant de la peur de la nuit de vraies frayeurs la nuit arrive n’occultons pas la dimension de la peur les affres elle est froide ce soir et le ciel s’est fermé d’un coup de gong musique atone sourde absente le texte rassure et questionne le moment lui revenait en bouche mais c’étaient ses mains qui le disaient le mieux l’écartant de lui loin du torse et des yeux siège du cœur desserrant la masse molle de l’étau de ses muscles c’est bien ça qu’il racontait alors avec lenteur de même rêves et délires s’en vont ouates effilochées de la voûte entrouverte le noir ne perce pas la masse et la pêche est perdue langue ancienne nulle qui porte la voix des morts mille bouches sans chair demandent en quoi cette nuit diffère-t-elle des autres et la réponse est une légende ou un souvenir pierre levée dans le désert oasis crevée d’ombre dans la lumière intarissable y en a-t-il une plus simple

 

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la voix de l’ombre s’éteint la lune vient à son quart et je me pose en la grille ombragée de feuilles et dans les mille et un détours des branches le dernier quel est-il la nuit aurait donc à faire avec la forêt et les arbres alors la masse s’enfuyait frondaison lente et lourde à l’invisible tronc c’est le miracle de la forêt en marche qu’il décrivait d’une bouche qui de son propre aveu s’endort sur les mots à peine lus s’effondre sans rémission dans un sommeil de plomb l’ombre est de zinc et de mica et tant végétal que roche pierre mousse sur un perron tout au fond du jardin un assemblage de vert et de titane une feuillée dont on ne voit pas les branches et l’arbre est très élevé mystérieux splendide c’est à dire plein de lumière imprévue c’est un naufrage tout coule quelle formule en un mouvement qu’on a put ni deviner ni rompre engloutissement la vie ronge la nuit ronge le sombre ronge l’érosion roulant sur tous les mondes connus bien qu’à peine pressentis cette page allait sauter blanc stellaire creusé autour de l’ombre des lignes le texte c’est la nuit une portée la musique la douceur froide des nocturnes note étirée de la lumière qui est une corde sur le portique de l’ombre la nuit balance et tape et croît je me souviens du début un bruissement de vagues et de branches en avancée l’eau coulait silhouette aveugle mais zézeillante dans le noir c’est passé et quand il me parlait j’étais de même embusquée chauffant mes muscles pour la suite la traque la proie la fin désirée de la séquence chute impossible la nuit tombe plus de bruit c’est la ronde de nuit musique inaudible imperceptible mais vibrante vivante l’ombre règne et s’éploie chouette cyclopéenne barrée de bleu c’est une grève robe fluctuante idée de l’océan il y aurait des forêts submergées plus peuplées et plus hautes dit-on que tout ce qu’on connaît la terre regorge de mystères que l’ombre à elle seule ne saurait révéler la nuit tente et tape et déploie charme froid tremble couvert d’écailles brillantes zinc et mica ou bien cuivre érodé par les pluies il fait beau et c’est la nuit je ne sais plus ça redevient étrange scène improbable sans doute rêvée en tous cas de plus en plus difficilement convocable langue perdue oubliée de longtemps j’appelle toutes les voix du noir à la citer encore en une comparaison nouvelle qu’on en finisse il n’y a pas de raison pour que cela cesse ça n’aura pas de fin

 

14

rappelons juste ici que ce moment est un souvenir et puis marchons marchons

 

15

il faut remonter à la source et si bruissante et si fraîche qu’elle soit parvenir à l’étreindre ce seraient des phrases denses mots de plomb et dans la bouche le noir goût anisé de l’encre nous n’avons pas ce qu’il faut sous les paupières la lumière brise déjà tous les barrages une eau coule je la sens dans un confort sans nom une chambre où la lune occulte toute une partie du monde deux chiens sans taches immaculés l’un blanc autant que l’autre est noir jouent à se battre et gagnent alternativement courant profond ciel d’un brun clair lumineux il fascine tiré d’étoile en phares tremblants la marée va venir et tous sont sur le port les ponts barques et bateaux prêts les pluies s’éclipsent emportées par la masse la nasse coton ferré remontant en surface eau lointaine pêche miraculeuse puis une morsure au cou d’une des deux bêtes fait jaillir l’anfractuosité humide et rouge d’un soleil